MOTIV(é)R #2

J’ai toujours été un peu « décalé ». Déjà à 15 ans, mes camarades m’affublaient du totem « muntjac solitaire », après m’avoir trouvé à minuit au coin du feu, les yeux dans les étoiles. Il était donc évident pour moi que ma vie professionnelle serait totalement détachée de toute règle hiérarchique. Évidemment, la réalité fut toute autre car la hiérarchie est présente partout, même là où on ne la voudrait pas.

Il n’empêche que, longtemps j’ai gardé cette conviction que la liberté était incompatible avec le statut de salarié.

Travaillant beaucoup dans des domaines artistiques, je côtoyais principalement d'autres indépendants qui partageaient ce tempérament ostensiblement anarchiste, confirmant de manière artificielle mes croyances et m’enfermant dans ce sentiment de quasi pitié vis-à-vis du salarié, telle une « espèce protégée »  vivant sous le joug d’un maître, par nature machiavélique, prenant plaisir à brandir le licenciement à chaque fois que son pouvoir était remis en cause.

Ma première expérience réelle et durable de collaboration au sein d’une équipe mixte salariés-indépendants, s’est produite plus de 10 ans après le début de ma vie professionnelle. C’est dire le choc d’une telle découverte.

J’étais responsable de projet pour une agence digitale et, à ce titre, je côtoyais quotidiennement ces « individus étranges », en tout point semblables à moi, mais pourtant mus par des motivations totalement différentes:

  • retrouver ses collègues et partager les anecdotes de sa vie

  • épargner pour une maison et avoir des enfants

  • séparer la vie professionnelle et la vie de famille

  • etc.

Je plaisante, je force le trait... à peine. Car le décalage n’était pas tant dans la relation que nous avions, que dans le modèle managérial que j’appliquais avec mes équipes.

J'avais donc pris l'habitude de considérer chacun responsable personnellement de la qualité et du délai de livraison de son travail. Négocié en amont avec chacun, je ne considérais pas avoir à postposer une livraison à mon client. C’était bien à eux à s’organiser, et si besoin, à travailler de nuit et le week-end pour remplir leurs engagements.