Pour ou contre le télétravail ?

Voilà une question formidable pour attirer le lecteur. Simple, efficace, manichéenne. Mais pourtant, une question sans réel intérêt. Ce serait comme demander si vous êtes pour ou contre le tabouret. Ou pour ou contre le stylo-bille. Le télétravail est un outil, un moyen d'atteindre des résultats. Il n'est en rien une fin en soi. Pour ma part, 3 éléments sont à considérer lorsque l'on parle de télétravail:

  1. La réalité de l'employé

  2. Le mode opérationnel du travail à exécuter

  3. Les intentions du manager

Tout d'abord, la réalité de l'employé. Si on lui impose le télétravail (ou si on le lui conseille fortement), il faut s'intéresser à sa capacité à l'intégrer dans sa vie privée. Car il y a bien une forme d'invasion de la sphère privée par l'entreprise. Il ne faut pas le négliger. Où va-t-il travailler ? Où va-t-elle placer son ordinateur ? Quelle chaise confortable sera réquisitionnée ? Faudra-t-il condamner la salle à manger pour en faire un bureau ? Les enfants devront-il regarder la télévision avec un casque, et sans bruit ? Et lors des visio-conférences, pourra-t-on encore aller chercher à boire dans la cuisine ? C'est bien de cette réalité-là dont il faut être attentif. Je remarque que beaucoup de jeunes encensent le télétravail. Il y a en effet de nombreux avantages à profiter d'être chez soi, évitant les embouteillages, les frais de transport, et les possibles décalages horaires. Mais lorsqu'il y a des enfants, ou lorsque les deux membres du couple sont en télétravail, comment s'organiser ? Le second élément est le mode opérationnel du travail. Pour faire simple, on peut considérer qu'il y en a deux en entreprise : le mode projet et le mode production. Le mode production est standardisé, normalisé, industrialisé. Il rencontre moins de surprises et peut être envisagé suivant une procédure connue de tous. Le gros avantage de ce mode est qu'il peut facilement être mesuré en performance. S'agissant de processus, il est aisé d'y accoler des KPI pour en connaître la performance. Pour le mode projet, c'est une autre affaire. Il y a bien des méthodes qui cherchent à modéliser le travail, mais la réalité a démontré que l'agilité et l'adaptation sont clés dans ce type de travail. Dès lors, si un mode procédural peut facilement s'opérer à distance, cela devient beaucoup plus compliqué pour un mode projet. Si dans un cas, chacun sait ce que les autres attendent de lui ou d'elle, dans l'autre, son rôle est en permanence adaptable aux circonstances et aux contingences inopinées. Le rapprochement géographique a alors toute son importance. Enfin, le troisième élément nait de l'intention du management. Veut-on faciliter la vie des employés ou cherche-t-on à diminuer la responsabilité de l'entreprise. En effet, la distanciation des employés va naturellement augmenter l'individualisme et induire une certaine normalisation dans les relations. De cela, le management organisera de nouveaux processus qui augmenteront la responsabilité individuelle. Diviser pour mieux régner. «Si vous travaillez de chez vous, c'est à vous à vous débrouiller pour que le travail soit fait». Le cadre de l'entreprise n'est plus tenu responsable. Fini les questions de "bien-être", et encore plus de "bonheur au travail". La QVT est laissée à la charge de chacun, et seuls comptent les KPI. Cette vision opportuniste est d'autant plus dommageable lorsqu'elle s'applique à un mode opérationnel de type projet. -- Voilà donc pour moi les 3 éléments à considérer lorsque l'on parle de télétravail. Si l'un ou plusieurs sont au rouge, il faudra réfléchir honnêtement à l'opportunité d'un tel mode de travail. Et il ne suffira pas d'une prime et de quelques avantages pour compenser le déficit humain qui pourrait en découler. Par contre, si les trois sont au vert, le télétravail est une merveilleuse opportunité d'améliorer la motivation. Et de la motivation découle naturellement le plaisir et la performance. Qui plus est, l'aspect écologique devrait y trouver son compte. C'est une valeur à ne plus négliger/galvauder dans la culture d'entreprise. Tout comme on choisi les bons outils pour creuser la terre, on choisira les bons outils pour réaliser un certain travail. Ce qui compte, c'est que le choix soit honnête et partagé en confiance.


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