Pourquoi la motivation intrinsèque est un piège à la performance au travail ?

Mis à jour : juil. 8

Les spécialistes en motivation et en développement personnel adorent parler de motivation intrinsèque, cette motivation miracle inépuisable qui semble donner des ailes à toute personne qui en découvre la source.


Mais ont-ils seulement bien compris de quoi il s’agit ? Et si c’est le cas, ont-ils bien conscience qu’en milieu professionnel, ce type de motivation peut rapidement devenir un piège à la productivité, et une porte grande ouverte à la contre-performance ?


Commencer par le commencement


Le concept de motivation intrinsèque est apparu dans les années ’80 sous la plume de Edward Deci et Richard Ryan. Ce concept suit les traces de la théorie de l’auto-détermination (TAD) qu’ils ont imaginée quelques années auparavant (1).


Cette nouvelle vision de la motivation s’oppose frontalement au béhaviorisme (2) de l’époque qui considérait que la motivation était le fruit d’un renforcement comportemental permanent associé à des récompenses et des gratifications.

Ainsi, depuis les années ‘50, les primes à la productivité étaient la norme.


Note : aujourd’hui encore, dans certaines fonctions de l’entreprise comme au département des ventes, ce procédé reste fortement utilisé, même s’il a montré ses limites.


La TAD (théorie de l’auto-détermination) considère que l’être humain réclame 3 besoins fondamentaux :

  • L’autonomie comme capacité à décidé de soi et de son avenir

  • La compétence comme moyen de réaliser et de vivre cette autonomie

  • L’appartenance sociale comme reflet de cette compétence


Quelques années plus tard, Deci et Ryan complète leur théorie en définissant 3 degrés d’autodétermination liés à un type de motivation.


  • La motivation intrinsèque

  • La motivation extrinsèque

  • L’ amotivation


L’amotivation


L’amotivation désigne l’absence de motivation. Elle ne peut pas être considérée comme de la démotivation qui, pour sa part, produit des émotions. L’amotivation est donc l’absence d’envie et de désir, l’abandon et la soumission à des facteurs extérieurs et hors de contrôle (3).


Dans le cas d’un étudiant, l’amotivation serait l’absence total d’intérêt et de but dans l’apprentissage d’une matière ou d’une langue (4).



La motivation extrinsèque (ME)


Peut-être que, comme beaucoup de monde, vous comprenez dans le terme « extrinsèque » que cette motivation a pour fonction d’amener un individu à agir pour le compte d’un autre ?


Peut-être pensez-vous que la motivation extrinsèque, c’est le désir qui pousse à répondre à une demande extérieure ?


Mais en réalité, ce n’est pas exactement cela.


Lorsque l’on parle de « extrinsèque », on se situe au niveau de l’action, et non au niveau de l’individu. En d’autres mots, une motivation extrinsèque va pousser à agir pour des résultats qui sont extérieurs à l’action elle-même : une récompense, une gratification, un diplôme, etc.


Et dans ces gratifications, on peut trouver aussi la perte de poids, ou une meilleure santé générale. Ainsi, si je me lance dans un régime, ce n’est pas pour le plaisir de manger moins, de limiter les sucreries et les plats en sauce. Mon but est la perte de poids. Ma motivation est donc extrinsèque à l’action elle-même.


Et il en est de même pour faire du sport de compétition, pour arrêter de fumer, ou pour tout autre activité qui attend des résultats.


Et là, vous devriez voir pointer tout l’intérêt de la motivation extrinsèque dans la performance au travail. Car qui dit performance dit résultats. Et qui dit résultat dit motivation extrinsèque.


Car Deci a affiné son modèle en décomposant la motivation extrinsèque (ME) en sous-catégories :

  1. ME à régulation externe : le but des actions est imposé par l’environnement. Les objectifs et les résultats sont définis par des tiers.

  2. ME à régulation introjectée : le but des actions est imposé par l’environnement mais la motivation majeure pour l’individu est l’évitement de la honte de ne pas atteindre les résultats attendus. Il s’agira par exemple d’une motivation par culpabilisation.

  3. ME à régulation identifiée : le but des actions est imposé par l’environnement mais l’individu y trouve des intérêts personnels suffisants pour agir avec enthousiasme.

  4. ME à régulation intégrée : le but des actions est à destination de l’individu lui-même. Il agit pour son propre compte et pour ses propres intérêts.


Comme on peut le voir, il y a deux tendances qui se dégagent de ces 4 sous-types :

une ME à régulation externe parce qu’elle est décidée par un tiers et contraint l’individu,

une ME à régulation interne parce qu’elle est désirée par l’individu lui-même pour son propre intérêt.


Cette simplification en deux sous-types est celle que je garde comme référence car elle évite la complexité des nuances parfois trop rébarbatives. Et c’est sans doute la raison pour laquelle la Motivation Extrinsèque a gardé une si mauvaise réputation. C’est sans doute parce que sa complexité l’a rendue indigeste, et donc, commercialement inefficace.


La motivation intrinsèque (MI)


La voici donc, cette motivation si espérée par les coachs en tout genre qui vendent leur solutions magiques comme des bonbons Sugus (5).


« La motivation intrinsèque est en jeu lorsqu’une activité est réalisée pour le plaisir et la satisfaction qu’elle procure. » (6)


Ici aussi, il faut associer le mot « intrinsèque », non pas à l’individu, mais bien à l’action qu’il réalise. Le plaisir vient donc de l’action elle-même, du fait de faire.


En d’autres mots : la motivation intrinsèque, c’est le plaisir de faire pour le plaisir.


Dans ce cas, on ne cherche pas de résultat au delà de l’action. On cherche le plaisir au moment de l’action.


Aimez-vous nettoyer votre salon ?


Cette question très simple va vous donner les clés de la distinction entre ME-ext (Motivation extrinsèque à régulation externe), ME-int (Motivation extrinsèque à régulation interne) et MI (Motivation intrinsèque)


Aimez-vous nettoyer votre salon ?


Considérant bien entendu que vous ne faites pas appel à une aide ménagère, votre réponse pourra être :

  • Oui, j’adore ça parce que c’est un moment de calme où je peux ne penser à rien d’important

  • Oui, j’aime bien parce que j’adore voir mon intérieur propre et bien rangé

  • Non, mais je n’ai pas le choix. Il faut bien que mes invités puissent s’assoir


Pouvez-vous maintenant redistribuer ces réponses entre les 3 types de motivation que je vous ai proposées :

  • ME-ext

  • ME-int

  • MI


Si vous aimez nettoyer simplement parce que c’est un moment de calme pour vous, un moment agréable pendant lequel vous pouvez laisser vagabonder votre esprit, alors on parle de MI